Dysorthographie : Ma déficience fonctionnelle majeure

Parlons un peu école avant de commencer. Je ne suis pas une spécialiste, je ne mettrai pas de statistique, je vais y aller avec ce que je connais du domaine. Depuis quelques années, la montée des jeunes étudiants souffrant d’une déficience fonctionnelle majeure est un enjeu sérieux au niveau de l’éducation. Lorsque je parle de déficience fonctionnelle majeure, je parle de dyslexie, TDA(H), dysorthographie et j’en passe. Aujourd’hui, bien souvent, les jeunes reçoivent leur diagnostic (et l’étiquette « maladie ») avant la fin de leur première année du primaire. Malheureusement, cela n’a pas été mon cas. J’ai découvert mon problème lorsque j’avais 18 ans.

J’ai ce qu’on appelle une dysorthographie : un trouble au niveau de l’écriture. Sans aller dans les gros détails que je ne comprends pas, la dysorthographie est le fait que je ne vois pas mes fautes d’orthographe et que je peux inverser mes lettres sans jamais m’en rendre compte. Par exemple, si je souhaite écrire « La poule pond un œuf » il se peut très bien que j’écrive à la place « La boule bond un œuf ». En gros, c’est une déficience difficile à accepter pour quelqu’un comme moi qui adore écrire. Pour certaines personnes, c’est IMPOSSIBLE d’inverser des lettres et de ne pas voir ses fautes, alors ils me jugent. Ben m’a vous dire une chose, c’est POSSIBLE : j’ai le diagnostic!

Comment j’ai découvert que j’avais cette déficience ? Grâce à deux de mes professeures au cégep. Pour vous mettre en contexte, cet établissement accueillait moins de 100 élèves. J’avais un cours de français renforcé et un cours d’histoire du cinéma, et dans ces deux cours, on écrit beaucoup de textes. Elles ont vu en moi une intelligence pour l’écriture, mais beaucoup de fautes idiotes. Elles ont choisi de prendre contact avec moi et me demander si j’avais une déficience de dyslexie. Ma première réaction a été de rire en leur disant « je lis des livres à la tonne, donc impossible. » Elles m’ont souri et m’ont dit : « nous sommes professeures depuis longtemps, on en a vu des copies et on croit que tu as quelque chose. Fais un test et tu pourras voir si tu n’as pas quelque chose. »

Ma première réaction fut le questionnement

Pourquoi y a-t-il seulement que ces deux professeurs qui l’ont remarqué ? Puisqu’au secondaire personne ne l’avait remarqué, j’ai été suivie par une orthopédagogue pendant deux années et elle aussi n’avait rien remarqué!

Ma deuxième réaction fut la tristesse

Comment annoncer ça à ma mère ? Pourquoi moi? Je n’ai rien fait à la terre… J’adore écrire depuis que je suis jeune. Je savais que ma qualité du français n’était pas belle, mais de là à croire que j’avais une déficience!

J’ai pris mon courage pour en parler avec ma mère et nous avons fait les démarches pour aller voir une neuropsychologue pour passer les tests. Après un mois, j’avais mon diagnostic : DYSORTHOGRAPHIE.

Ma troisième réaction fut le soulagement

J’allais avoir des outils pour mieux réussir à l’école et pour moi, mes choix d’avenir s’agrandissaient.

Mais avec le recul, je ne vis pas bien avec cela. Aujourd’hui, à bientôt 22 ans, je ne comprends toujours pas pourquoi j’ai été diagnostique si tard. Je n’accuserai jamais ma mère puisqu’elle ne pouvait se douter de rien sinon j’aurais eu de l’aide bien avant. Je n’accuserai pas non plus les professeurs que j’ai eus au secondaire qui n’ont rien vu et m’ont simplement dit que j’étais trop vieille pour avoir de l’aide auprès des spécialistes de l’école.

Je ne vis pas en harmonie avec ma déficience, même que je vis très mal avec elle. Je ne l’accepte pas, car elle me fait me sentir inférieur et m’enlève ma confiance en moi. Même avec les outils que j’ai développés, cette déficience me fait peur. J’ai peur lorsqu’on me parle de la qualité du français au travail. J’ai peur présentement en écrivant ce texte.

Bref, je n’ai pas encore vraiment appris à vivre avec la dysorthographie, je l’ai plutôt subi, ce qui est peut-être normal quand on considère que je l’ai appris qu’à 18 ans. Je dois négocier avec cette réalité tous les jours. Je sais qu’un jour je l’accepterai et au lieu de la subir, j’apprendrai à vivre avec elle.

 

 

 

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