La fois où j’ai escaladé mes peurs

On a tous des peurs irrationnelles dans la vie. Que ce soit les ponts, la noirceur, les fantômes, les araignées… On le sait qu’elles sont ridicules. On a 1653 preuves scientifiques que nous ne risquons rien. Pourtant, on a peur pareil, hein ?

Moi, j’ai peur des hauteurs. Non, je dirais plutôt que c’est une peur sélective des hauteurs. Quand je sens le sol en dessous de mes pieds, je me sens bien. C’est plus une peur de grimper. Je n’ai jamais été le petit singe au parc étant enfant. Je regardais d’en bas mes amis monter sur les modules et faire leurs acrobaties, la tête en bas et les pieds dans les airs. Le fait que je sois très maladroite n’a pas aidé la situation parce que les fois où j’ai essayé d’aller rejoindre mes copains en haut de la toile d’araignée du parc de mon quartier, je suis tombée sans jamais arriver au sommet convoité.

J’ai pris l’âge que la vie m’a apporté parfois avec des grincements de dents et l’expérience qui vient avec en souriant. J’ai gagné de la confiance en moi, mais surtout une connaissance de mes capacités que je n’avais pas il y a 30 ans. J’ai réalisé que je suis capable de beaucoup, mais BEAUCOUP plus que je ne le pensais. J’ai commencé à faire des choses que je n’aurais jamais faites avant : à sortir de ma zone de confort! Toutes ces belles expériences, et parfois moins belles aussi, je dois l’avouer, m’ont amenée à l’endroit où je me trouve aujourd’hui…

Devant un mur d’escalade!

Bien attachée (Bien je l’espère!), je regarde le mur que mon amoureux escaladeur a choisi pour MA première fois. Ça fait des mois qu’il m’encourage à venir, à affronter cette peur qui m’empêche de faire certaines activités sportives et amusantes avec ma fille. Je suis là, devant THE mur. Celui le plus facile de tout le centre d’escalade, entourée de jeunes enfants de quatre ou cinq ans qui te montent ça en 17 secondes. Pourtant, le sommet a l’air inatteignable… Le sommet de l’Everest, carrément!

La peur au ventre, au coeur et surtout dans la tête, je prends les premières prises à ma disposition et je commence à monter MON Everest. Je tremble déjà. C’est complètement fou!

En montant un autre mètre, je demande à mon homme ce que je fais là ?! Pourquoi je fais subir cette épreuve, pour moi digne des Olympiques, à ma tête et mon corps ? Mon chum, il m’encourage à continuer, me dit qu’il est fier de moi. C’est tellement un amour!

Je prends d’autres prises, j’essaie de me pousser avec les jambes et non me tirer avec les bras pour que ce soit plus facile. Je suis dans une des positions les plus inconfortables que j’ai été dans toute ma vie! Complètement trempée de sueur, parce que c’est difficile, mais surtout parce que la peur me suit à chaque prise, à chaque tremblement, je continue ma montée.

Et j’arrête en plein milieu. Je ne vois plus rien. Ni mes mains, ni mes pieds, ni la prochaine prise. Je sens que mon corps va lâcher parce qu’il est épuisé. Mais c’est là qu’une autre peur entre en fonction : je dois me laisser tomber. Dans le vide. Vraiment ? Chute libre ? J’atteins un niveau de peur que je ne pensais pas rejoindre ce soir. Un niveau de peur exponentiel! Une peur qui vient d’une autre galaxie, c’est certain, parce que ça ne peut juste pas exister ici pour vrai. Me laisser tomber ? Non! Franchement! L’humain est fait pour marcher ses deux pieds sur le sol. Pas pour se laisser tomber d’un mur d’escalade débutant, entouré de cinq enfants singes grimpeurs hyperactifs et de leurs parents!

Mon amoureux qui est 78 mètres plus bas (en tout cas, c’est mon impression…) m’explique comment se laisser tomber sans se blesser. Je ne peux juste pas. In-ca-pa-ble. Je sens les larmes monter dans mes yeux en même temps que la perte de force de mes bras et mes jambes. Je lâche tout, non pas par courage, mais parce que mon corps ne peut plus supporter l’effort physique, mais surtout mental, que je lui demande. Et je tombe de MON mont Everest, tout doucement, tenue par la corde de sécurité, en fermant les yeux et c’est aussi long que si je tombais de 83 étages. Promis, juré!

La première partie de mon corps qui a touché le sol n’était pas un de mes pieds, mais mon postérieur. Quand je suis tombée, mes jambes ont tout simplement lâché sous la peur et j’ai atterri sur les fesses!

La pression tombe d’un coup. Je tremble comme jamais; je pleure… Dans les bras de mon homme qui n’arrête pas de me dire qu’il est tellement fier de moi! Et c’est là, les deux pieds sur terre ( parce que j’ai fini par me relever quand même! ) que je réalise combien je suis fière de moi aussi!

Après une petite pause pour me remettre de mes émotions, je suis remontée sur MON Everest. Durant la soirée, j’ai essayé d’atteindre son sommet cinq fois. Je me rendais toujours un peu plus haut à chaque fois. Je n’avais plus peur de me laisser tomber quand mes bras et mes jambes n’avaient plus de force. Et j’atterrissais sur mes pieds!

Est-ce que j’ai réussi à terminer MON mur ce soir-là? Non. Mais ce que j’ai accompli est bien plus important : JE SUIS CAPABLE. Je suis encore un peu effrayée, bien sûr. Mais maintenant, j’ai seulement envie de l’affronter encore, cette peur irrationnelle!

Et la vie m’a prouvé une fois de plus que j’avais raison de changer. D’essayer des activités qui me sortaient de ma zone de confort. Parce que le sentiment de fierté et d’accomplissement qui vient ensuite est enivrant!

Je n’irai pas escalader le vrai de vrai mont Everest demain matin, mais je retournerai faire de l’escalade, c’est certain!

 

 

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