Laisse faire… j’vais l’faire !

Entendez-vous cette phrase au moins une fois par semaine? Si oui, vous êtes probablement de ceux qui ont jeté l’éponge; vous vivez avec quelqu’un qui souffre de « Laisse faire, j’vais l’fairite ». Ces gens, appelons-les des faireux, possèdent généralement plusieurs qualités : ils sont performants, travaillent efficacement et rapidement… Ils ont aussi bien du mal à accepter que les choses ne soient pas faites à leur façon.

À quoi ressemble ce syndrome au quotidien ???

Votre douce moitié vous demande : « Pourrais-tu faire le ménage de la cuisine stp ? » Vous répondez « oui, bien sûr ». Cependant, le temps que vous terminiez ce que vous étiez en train de faire, elle s’affaire déjà à laver la vaisselle avec des mouvements Ménagefrénétiques. Autre scénario possible, vous le faites avec toute la bonne volonté du monde en ayant enfin le feeling d’avoir contribué. Fier de vous, vous allez vous asseoir au salon et vous relaxer devant votre émission favorite. Vous allez vous chercher un verre d’eau à la cuisine avant d’aller au lit, et vous voyez cette même personne en train de repasser derrière vous, précisant qu’il ne restait qu’à désinfecter les comptoirs…

Et un faireux … qu’est-ce que ça mange en hiver ?

Quoiqu’ayant les meilleures intentions du monde, les conjoints qui souffrent de la « Laisse faire, j’vais l’fairite » créent à leur insu beaucoup de tensions autant en eux-mêmes qu’auprès de leur conjoint et de tous les autres membres de la maisonnée.

Voici ce qui caractérise normalement les faireux  :

  • Ils sont des personnes qui ont un excellent sens des responsabilités;
  • Ils aiment que tout soit sous contrôle;
  • Ils vivent un paradoxe constant constitué de deux sentiments qui s’alternent sans cesse :
    • sentiment de fierté d’accomplir beaucoup et d’être indispensable pour leur environnement et leurs proches et;
    • sentiment d’injustice : ils se plaignent de ne pas avoir plus d’aide de ces mêmes proches qu’ils qualifient parfois de paresseux.
  • Ils se sentent généralement plus à l’aise quand les choses sont bien rangées et propres;
  • Ils ont beaucoup de difficulté à interrompre ce qu’ils font. Ils vont continuer une tâche sans relâche quitte à se coucher à minuit trente ou à être complètement vidés à la fin de celle-ci;
  • Ils ont un peu (beaucoup) de mal à rester assis à ne rien faire, ils doivent être actifs même lors d’une période de détente, et
  • Ils n’aiment peu ou pas les imprévus (même les surprises) et font tout pour les prévoir.

Damn if you do, damn if you don’t 

Les gens qui vivent avec des faireux trouvent ça vraiment agréable en début de relation. Ils sont souvent très admiratifs de leur partenaire si bien organisé et productif. La nouveauté de la relation va souvent amener le faireux à être tolérant et laisser les autres faire des choses à leur manière. Par contre, une fois la routine bien installée, le faireux  commence lentement, mais sûrement, à modifier son comportement.

Voici ce qui est généralement observable chez un faireux qui commence à montrer ses vraies couleurs :

  • Il devient plus observateur et passe derrière chaque personne qui effectue une tâche;
  • Il commente de plus en plus souvent ce qui a été fait et précise la façon dont ça doit être fait;
  • Il refait une tâche qui a déjà été réalisée il y a peu de temps, car ce n’était pas fait à son goût;
  • Il devient de plus en plus occupé et fatigué;
  • Selon lui, ce sont les autres qui manquent de volonté et c’est en grande partie leurs fautes s’il doit tout faire;
  • Se plaint de plus en plus souvent qu’il doit tout faire et que personne ne l’aide.

L’autre côté de la médaille

Vous aurez compris que le faireux, sans le vouloir et parfois sans le savoir, contribue plus qu’il ne le pense à ce cercle vicieux où il devient l’unique responsable de la maisonnée, avec tout ce que cela implique. Cette situation se cristallise parfois par son attitude fermée aux façons de faire des autres et en étant intolérant aux délais induits par les autres membres de la famille dont le rythme est parfois différent. Comme le manque de patience et d’ouverture caractérise aussi le tempérament des faireux, voici les impacts qui se répercutent sur leur partenaire de vie et/ou les autres membres de la famille:

  • Se découragent de ne jamais faire les choses assez vite ou assez bien;
  • Perdent graduellement le plaisir à contribuer au sein du couple ou de la famille;
  • Prennent de moins en moins d’initiatives afin d’éviter les reproches;
  • Ne développent pas leur autonomie ou perdent celle qu’ils ont déjà pu avoir;
  • Ressentent de plus en plus d’irritation au quotidien;
  • Se sentent souvent inadéquats ou non valorisés dans le milieu familial, ce qui affecte graduellement, mais sûrement, leur estime personnelle et leur confiance en eux.

Il y a de l’espoir !

Sachez que les faireux ne font pas cela pour mal faire ni pour rabaisser leurs proches. Ce comportement, souvent inconscient, est souvent bien intentionné. Ils ont souvent été valorisés, quand ils étaient jeunes, dans l’accomplissement de multiples tâches au sein de leur famille, alors à l’âge adulte, ils ressentent aussi beaucoup de fierté à rendre ce type de service à leur conjoint et/ou famille.

Child using toy broom and dustpan

Pour améliorer un climat conjugal et/ou familial tendu en lien avec ce type de dynamique, voici quelques astuces concrètes qui pourront vous aider :

Pour madame ou monsieur Faireux :

  • Lorsque quelqu’un prend une initiative, faire l’effort de voir ce qui a été bien fait et le souligner par un remerciement sincère (si petites soient les actions, ça commence comme cela !);
  • Prendre conscience que le manque de patience et d’ouverture face aux autres façons de faire du conjoint et/ou des enfants les empêche de contribuer;
  • Choisir certaines tâches que vous êtes prêts à céder à votre conjoint et/ou aux autres membres de la famille;
  • Apprendre à lâcher prise sur le fait que ce ne sera pas fait parfaitement (je vous rassure, personne ne mourra d’un coin mal balayé ou de quelques miettes qui trainent sur le comptoir à la fin de la journée)
  • Lorsque vous demandez à ce qu’une tâche soit faite, entendez-vous sur un délai maximal raisonnable et faire preuve de patience (et de confiance) que cela sera fait.

Pour les autres membres de la famille :

  • Recommencer à demander au faireux : « Qu’est-ce que je peux faire pour t’aider »;
  • Lorsque le faireux vient observer, discrètement ou pas, comment vous accomplissez votre tâche, lui dire que tout est sous contrôle, vous avez les choses bien en main;
  • Lorsque le faireux fait un commentaire sur comment les choses sont faites, lui répondre « Je fais de mon mieux, j’aimerais que tu me laisses continuer à ma façon».

Avec ces trucs, les choses devraient graduellement s’améliorer. Si vous voyez que les tensions subsistent malgré la bonne volonté de tous les membres de la famille, quelques rencontres de coaching pourraient vous aider à y voir plus clair ainsi qu’alléger le système familial.

Julie Brien,

Psychosociologue

 

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